Élections provinciales : quand le populisme menace les acquis sociaux

Par Geneviève Malouin-Rivard

Les enjeux électoraux sont nombreux au cours de cette campagne qui débutera demain. Croyez-le ou non, le syndicalisme, fort d’une longue tradition au Québec, fera partie des débats cet automne!

En effet, le discours de certains de nos politiciens préconise l’abolition de la formule Rand. Cette dernière découle d’une décision de la Cour suprême, inspirée d’une philosophie des relations du travail, qui stipule qu’une association de travailleurs est nécessaire pour contrebalancer le pouvoir patronal. Reconnaissant le rôle fondamental des syndicats, la formule Rand veille à leur sécurité et leur pérennité en ordonnant le prélèvement à la source des cotisations qui sont ensuite remises directement à la centrale.

En cette ère où la démocratie se dilue et se retrouve réduite à de simples pratiques procédurales, il faut se remémorer la force démocratisante du syndicalisme. Comme l’indique Alain Savard, « le but du mouvement syndical est de développer la puissance collective » en face du pouvoir trop souvent opaque ou invisible des grandes entreprises.

L’éducation populaire et politique qu’offrent les syndicats à leurs membres permet de mettre en lumière l’influence de l’élite sur l’État, qui au fond n’est nullement neutre. En vérité, l’austérité est une forme d’attaque contre les gains démocratiques gagnés par le pouvoir populaire. Ces gains sont le résultat de longues et patientes luttes sociales. Nous ne laisserons pas les intérêts pécuniaires du présent abolir les efforts acharnés du passé.

L’abolition de la formule Rand, c’est avant tout mettre en danger la qualité des conditions de travail de la classe moyenne. C’est aussi une tentative d’amoindrir sa place dans les débats publics.

La situation aux États-Unis

Chez nos voisins du Sud, la protection des intérêts des travailleurs connait d’importants obstacles. Leur président, Donald Trump, colore son mandat présidentiel d’une nuance entrepreneuriale, patronale, élitiste. Il s’est d’ailleurs entouré de milliardaires et de chefs d’entreprises pour composer son cabinet. Son discours, totalement antagonique à ses actions, l’érige pourtant comme le porte-parole de la classe ouvrière.

En réalité, le présent gouvernement américain livre une bataille sans merci contre les acquis des travailleurs. La nomination de deux avocats antisyndicaux à la Commission nationale sur les relations de travail (National Labor Relations Board) en est une preuve irréfutable. De plus, la popularité montante des lois Right to work indique bien la crise de légitimité que vit le mouvement syndical aux États-Unis.

Cette loi, maintenant adoptée dans 27 États, permet aux employés de bénéficier des avantages négociés par leur syndicat sans en être membre et sans en assumer le soutien financier. L’argent étant le nerf de la guerre, l’absence de moyens a mené à l’effondrement de nombreuses associations de travailleurs.

Comme l’a dit Obama, cette loi revient à « vous donner le droit de travailler pour moins d’argent. » En effet, le déclin actuel des syndicats coïncide avec la montée des inégalités à des niveaux jamais atteints depuis la crise économique des années 30. Autre fait notable, le nombre d’accidents mortels en milieu de travail est 53% plus élevé dans les États qui appliquent le Right to work.

À l’effritement des conditions de travail, s’ajoute le chômage. À preuve : parmi les 10 États ayant les plus hauts taux de non-emploi, 7 d’entre eux ont adopté une loi Right to work.

En somme, force est de constater que l’affaiblissement du pouvoir des syndicats mène inévitablement à une crise sociale.

Groupe de pression légitime

Le but du mouvement syndical est de faire valoir les intérêts de ceux qui ne siègent pas au sommet. Il est donc du devoir des syndicats de réagir à des initiatives qui mettent à mal le bien commun.

Pourtant, la légitimité de l’implication politique des syndicats a été remise en doute plus d’une fois. L’affaire Lavigne contre le SEFPO en est un exemple : un professeur refusait que ses cotisations servent à faire pression dans une campagne pour le désarmement en 1991. Le verdict de cette bataille juridique est tombé en faveur de l’action politique du syndicat puisqu’il « existe dans notre pays une forte et utile tradition de connexité entre les syndicats ouvriers et les activités politiques. On peut soutenir de façon convaincante que pour atteindre leurs objectifs légitimes et conserver l’équilibre indiqué entre patrons et employés, les syndicats doivent dans une certaine mesure se livrer à des activités politiques. »

Il est donc de la responsabilité du mouvement syndical d’étendre son champ d’influence dans la sphère publique, lieu de prédilection pour débattre des enjeux sociaux, car ce qui ne peut être inclus dans une convention collective mérite tout de même d’être abordé, questionné, connu de tous.

Sur le terrain

Concrètement, l’action politique d’un syndicat peut prendre plusieurs formes. Une prise de position sur la place publique demeure la meilleure manière d’introduire un enjeu au sein d’un débat social sensé, équilibré, constructif. Conséquemment, l’AFPC s’implique politiquement pour mettre de l’avant des causes adoptées démocratiquement par ses membres lors de ses congrès.

Parmi les actions posées, il y a eu, en janvier 2018, la mobilisation de l’AFPC permettant d’éviter la fermeture du CPE Guy-Favreau. En avril 2018, nous avons appuyé les pressions exercées par le Syndicat de l'Aluminerie de Bécancour (une section locale des Métallos) pour obtenir une meilleure convention collective.

Depuis plus de deux ans, l’AFPC travaille à dénoncer l’inaction du gouvernement libéral de Justin Trudeau dans le fiasco Phénix. Encore à ce jour, l’AFPC se positionne en faveur d’un salaire minimum à 15 $ l’heure, aux côtés de la FTQ, en plus de travailler à l’éducation populaire sur le sujet avec la diffusion de textes informatifs.

Notre implication politique est donc nécessaire pour unir les voix des travailleuses et travailleurs en un même cri revendicateur. Ne laissons pas les politiciens nous faire croire le contraire. Ne laissons pas l’élite nous enlever le pouvoir que nous avons mis des années à remporter!