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Des acquis symboliques

Par Geneviève Malouin-Rivard

Le 10e anniversaire de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones en septembre 2017 a provoqué un déferlement d’initiatives au pays visant la réconciliation avec les nations autochtones : le drapeau de la ville de Montréal incluant désormais des armoiries représentant l’apport des Premières Nations, l’effacement du nom Amherst de la toponymie de Montréal, la nomination d’une Commissaire aux relations avec les peuples autochtones par la mairesse de Montréal Valérie Plante, l’allocution du premier ministre Justin Trudeau concernant la création d’une loi fédérale pour le respect des droits ancestraux…

L’industrie culturelle est le reflet de ce paysage politique en effervescence. Depuis juin 2017, l’Office national du film applique un plan d’action visant une représentation équitable des créateurs autochtones. Sur les grands écrans, le cinéma populaire canadien participe à la diffusion de cette culture encore méconnue avec des films tels qu’Avant les rues (2016), Hochelaga Terre des âmes (2017) et Cheval indien (2018).

Cependant, ne vous laissez pas berner par ces initiatives. Un regard plus attentif sur ces récents événements permet de discerner une grande valorisation symbolique déguisant une inaction de la part de nos institutions.

Historiquement, les politiques administratives canadiennes ont toujours tenu la liberté des peuples autochtones en laisse. L’autodétermination des Premières Nations ne peut s’accomplir que si la législation change radicalement et les dote de pouvoirs politiques considérables.

Certes, leur condition s’améliore depuis quelques années. C’est grâce à des soulèvements populaires qu’ils ont réussi à dénoncer et à éviter des tentatives d’assimilation.  

Plus récemment, les Premières Nations se sont soulevées pour obtenir justice. L’importante et nécessaire Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées entreprise le 1er septembre 2016 piétine à l’heure actuelle. La fin de son mandat arrive pourtant à grands pas le 31 décembre 2018.

Une des causes de la stagnation de l’enquête commençait déjà à poindre alors que plusieurs acteurs importants ont démissionné successivement de novembre 2017 à janvier 2018. C’était notamment le cas de l’avocat Alain Arsenault qui a fait connaître un conflit de vision régnant au sein du comité. Selon un article d’Emmanuelle Latraverse pour Radio-Canada, M. Arsenault souhaitait « prendre les pleins pouvoirs accordés à l’enquête pour forcer la main des ministères fédéraux et provinciaux, des corps policiers, monter une preuve documentaire claire, voire forcer des acteurs clés à comparaître ».

Quelques mois plus tard, l’organisme Femmes autochtones du Québec a soulevé le même enjeu : l’absence de démarches judiciaires. L’enquête nationale prend plutôt l’allure d’une collecte de témoignages qu’une réelle quête de justice. Il est impératif de se remémorer le mandat initial : lutter contre la violence et assurer la sécurité des femmes et des filles autochtones.

Cette violence, maintes fois racontée par les familles des disparus, entretient des liens étroits avec les institutions canadiennes : des assassinats maquillés par les forces policières en noyades ou en accidents de la route et des bambins envoyés à l’hôpital en hydravion sans leurs parents, ces mêmes parents à qui on a déclaré la mort de leur jeune enfant sans la moindre preuve de décès.

Lorsqu’un enjeu entre en conflit avec le mouvement de réconciliation, la vigueur des actions que suppose ce discours s’amoindrit. Le refus d’aller de l’avant avec des démarches judiciaires coïncide étrangement avec la protection de certaines personnes restées sourdes aux rumeurs d’agressions. Cette enquête résulte d’une stratégie par rapport à l’opinion publique plutôt qu’une honnête intention de réconciliation étant donné le peu d’investissement du gouvernement canadien quant à la poursuite du mandat jusqu’en 2020, comme l’a demandé la commissaire en chef Marion Buller.

L’État dirigé par Justin Trudeau refuse d’intervenir dans cette épineuse situation pour laisser la pleine liberté d’action à l’enquête nationale. Les intérêts des Autochtones, la justice et la dignité dans ce cas-ci, en écopent inévitablement.

La réconciliation est en marche certes. Les actions précédemment entreprises par nos institutions, lors des dernières années, sont sans précédent. Elles attestent qu’une voix représentant les Premières Nations est désirée au sein de l’espace public. Ces acquis symboliques doivent constituer un pas dans la voie de la réconciliation et non un arrêt dans cette quête d’harmonie…

L’Alliance de la Fonction publique du Canada demande au gouvernement de redynamiser l’Enquête nationale. Nous voulons que la Commission communique de manière transparente et responsable avec le public. De plus, un plan clair doit être mis en place afin de promulguer des services de soutien aux témoins à la suite de leurs témoignages.

L’AFPC a entrepris une campagne de mobilisation dans le but de faire connaître ces revendications. En plus de réinsérer la question de l’Enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues ou assassinées au sein du débat social, nous avons distribué des épinglettes en forme de robe rouge en guise de signe ostensible de solidarité. Nous faisons actuellement circuler une pétition sommant le gouvernement canadien de s’engager concrètement à faire respecter le mandat de l’enquête.

Alliez votre voix à la nôtre. Ne laissez pas cette quête de justice s’essouffler et s’éteindre d’elle-même. Exigez plus d’un gouvernement que de simples promesses!

Exprimez concrètement votre soutien!