L’administration de l’Université Laval, l’art d’écœurer sa communauté

Par Marion Duval - Présidente du syndicat des travailleuses et travailleurs étudiants et postdoctoraux de l’Université Laval.

Plusieurs ont été surpris et choqués cette semaine d’apprendre que l’Université Laval (UL) avait voté un bonus de 6 000 $ pour les cadres « scabs » en plus d’une indemnité de départ de 1,8M$ (3k$ par an pour 6 ans), pour le recteur sortant, Denis Brière (Boivin, 2017). Mais pourquoi un si généreux « merci » ?

Rappelons qu’il y a à peine 2 mois, l’Université Laval était aux prises avec la plus grosse grève syndicale de sa décennie. En effet, merci, M. le recteur, d’avoir tenu à bout de souffle toute la communauté universitaire en essayant de saigner ceux qui supportent jour après jour le bon roulement de notre université. Peut-être pourrions-nous appeler cette prime au cadre la prime « épuisement professionnel »? Merci, M. le recteur et toute son administration, d’avoir pressé comme des citrons ceux qui, n’étant pas liés par le vote de grève, étaient obligés de travailler 15 à 30 heures supplémentaires par semaine ! Ou peut-être, merci aux cadres qui, grâce à leur temps supplémentaire dûment récompensé, ont permis de maintenir six semaines de grève, soit six semaines sans salaire à piqueter dans le froid pour le personnel de soutien.

À quand une prime pour nos auxiliaires qui ont dû subir la pression, le stress et la colère des étudiants ? Sans parler de ceux qui ont perdu leur contrat. Car, en essayant d’amoindrir les droits de votre personnel de soutien (tout en dégradant le service offert à vos étudiants présents et futurs), vous avez aussi nui au travail des auxiliaires, dénigré les conditions de travail et, par le fait même, la santé des autres travailleurs de votre institution. Malheureusement pour vous, la santé et le bien-être d’une communauté ne s’achètent pas.

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, la mission de l’Université Laval est « de contribuer au développement de la société: par la formation de personnes compétentes, responsables et promotrices de changement, par l'avancement et le partage des connaissances dans un environnement dynamique de recherche et de création. » (Université Laval, s.d.) Si contribuer au développement de la société passe par le recul des conditions de vie et de travail des membres de cette même société, je n’ai rien compris. Étrange pour quelqu’un formé par l’institution en question.

Mais ce qui est encore plus bizarre, c’est le calcul fait par ceux qui, normalement, devraient être les « savants » de notre société. Si nous suivons bien, le calcul de cette administration a été de tolérer une grève de six semaines, pénalisant l’ensemble de la communauté universitaire. Une situation insoutenable pour les grévistes, les étudiants, les professeurs ainsi que tous ceux qui participent de près ou de loin à la vie de l'UL et qui ont vu leur quotidien voire leur futur être chamboulé. Situation qui comportait également des risques financiers considérables (baisse des inscriptions, baisse des revenus générés par les stationnements, etc.) dans le but de faire des économies sur le régime de retraite du personnel de soutien présent et passé de l’UL. Pour au final quoi ? Dépenser le tout en prime et bonus.

Si nous continuons dans la suite illogique de ces décisions scandaleuses, en réaction au refus de l’administration Brière en 2014, de revoir à la baisse sa politique de bonification d’après-mandat, le ministre de l’Éducation en place, François Blais, avait diminué leur enveloppe de financement de 1,4M$. Réaction de l’UL devant cette rationalisation ? Octroyer un boni de 1,8M$ à son ex-dirigeant (Boivin, 2017). Un boni qui nous aura couté en réalité 3,2M$. Le tout en période de compression où l’on rappelle à chacun des membres de la communauté universitaire que l’on doit se serrer la ceinture. Nous avons donc coupé des postes dans tous les secteurs de l’Université, vu à la baisse l’offre de cours, amoindri le contenu de nos bibliothèques, et j’en passe.

Pour résumer, suite à une grève pénible pour l’ensemble de sa communauté, grève aux sombres allures de lock-out au vu de tous les efforts mis en place par l’université pour annuler les effets de la grève (emploi de cadre, d’agent contractuel, etc.), tout en refusant de négocier, et ce dans le but de contraindre les grévistes à céder. Après un mandat sous le signe de l’austérité, on remercie M. Brière avec un bonus de 1,8M$. Cela laisse un goût amer à la Bombardier.     

 

 

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