Le Vieux-Port de Montréal se privatise. On a besoin de vous.
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Ensemble, protégeons la fenêtre sur le fleuve.
Depuis une dizaine d’années, le paysage du Vieux-Port de Montréal change tranquillement : plus de promoteurs privés, moins d’accès publics au fleuve, fermeture de la patinoire, fermeture du cinéma IMAX pendant les fins de semaine et des pertes d’emploi sur le site. Chaque poste aboli est une question qu’on ne peut plus ignorer: est-ce que le Vieux-Port de Montréal se dirige vers une privatisation complète?
C’est aussi 40,7 hectares d’accès public au fleuve Saint-Laurent, visités par plus de 6 millions de personnes chaque année, et un site apprécié de toutes les Montréalaises et de tous les Montréalais qui le fréquentent au quotidien. C’est aussi un employeur pour plus de 200 employés.
Les décisions qui façonnent l’avenir du Vieux-Port de Montréal se prennent en ce moment même et les personnes qui ont le pouvoir d’agir ont besoin d’entendre qu’on s’y oppose. C’est maintenant que ça se joue.
Pourquoi cette campagne?
Le Vieux-Port de Montréal (VPM) est une destination récréotouristique très appréciée par les personnes résidentes à Montréal et des touristes qui y transitent chaque année. Situé dans l’arrondissement de Ville-Marie, le VPM couvre un vaste territoire de 40,7 hectares et offre un accès public privilégié au fleuve Saint-Laurent sur 2,5 km. Le site abrite plusieurs activités commerciales, culturelles et scientifiques. Chaque année, le VPM reçoit plus de 6 millions de visiteurs dont 39 % sont des touristes, faisant du VPM une destination fortement achalandée ainsi qu’une vitrine importante pour Montréal et le Québec.
Autrefois caractérisée par son ouverture sur le fleuve, la gouvernance du VPM qui a toujours été de juridiction fédérale, fait aujourd’hui l’objet de ce choix de développements controversés. Le Plan directeur annoncé par la Société immobilière du Canada (SIC) en 2017, puis mis au rancart en 2024, suscite maintenant des inquiétudes sur l’avenir du VPM, notamment en ce qui concerne la sécurité et l’accessibilité aux espaces publics de convivialité.
Plan directeur ou pas, les orientations de la SIC modifient le paysage du VPM. Depuis une dizaine d’années, nous pouvons observer des changements importants sur le site du VPM. Le constat: plus de promoteurs, moins d’accès au fleuve et des pertes d’emploi au sein du VPM. La suppression des postes est-il un premier pas vers une perspective de privatisation du site et la fermeture de la fenêtre sur le fleuve ? La question se pose plus que jamais.
Découvrez d’abord les origines du VPM, le concept phare des années 80 de la fenêtre sur le fleuve et les perspectives d’avenir actuelles. Une consultation publique alternative est également prévue en novembre.
Histoire et origine du Vieux-Port de Montréal
L’histoire du Vieux-Port de Montréal remonte au XVIIIe siècle. Aujourd’hui sous la gouverne de la Société immobilière du Canada (SIC), le VPM a une histoire riche. Remontons un peu dans le temps pour mieux saisir son histoire et ses racines.
La période de 1825 à 1890 marque le début des réflexions sur l’avenir du VPM avec l’ouverture officielle du canal de Lachine en 1825. Le canal a permis de connecter le fleuve Saint-Laurent et les Grands Lacs, en facilitant le transport des marchandises.
De 1890 à 1930, le VPM a connu un essor fulgurant caractérisé par la construction d’infrastructures majeures. Toutefois, les installations disponibles s’avèrent insuffisantes ce qui a encouragé un nouveau processus de modernisation. Dans cette perspective, le gouvernement fédéral a attribué un prêt à la commission du Havre pour la réalisation d’infrastructures essentielles, par exemple des quais de béton, des hangars en acier, des bassins, jetées et silos à grain.
Dès la fin de la crise économique de 1929, les activités reprennent et la gestion du VPM est transférée au Conseil des Ports nationaux, placé sous l’autorité du ministère des transports marquant l’acte de dissolution de la commission du Havre. Jusqu’à la fin des années 50, le VPM a connu une nette expansion dans un contexte de deuxième guerre mondiale. Ainsi, la reconstruction du quai sud (1936) est suivie par une extension de la jetée Alexandra (1938), la construction d’une autoroute au-dessus de la rue de la Commune (1948) qui provoque un débat houleux sur l’avenir du VPM en 1958. Ensuite, le quai des Convoyeurs fut construit en 1956 et la galerie des aériennes d’arrivée et d’expédition de la jetée de la Pointe-du-Moulin-à-Vent, ainsi que de l’installation des deux tours marines sur la jetée de la Pointe.
En 1959, l’ouverture de la Voie maritime du Saint-Laurent permet aux bateaux de relier directement les Grands Lacs et met fin au transbordement obligatoire des marchandises. C’est le début de la fin des activités portuaires dans ce secteur.
La fenêtre sur le fleuve
Les années 60 et 70 sont des décennies de renouveau à Montréal. Le Vieux-Montréal est déclaré “arrondissement historique” en 1963 et les activités portuaire de Montréal se déplacent vers l’Est. Ainsi les installations du VPM sont lentement délaissées.
En mai 1975, l’étude de remise en valeur du VPM commandité par la Société générale des systèmes urbains du Canada a été déposée. Le rapport propose de construire un nouveau quartier urbain. La Ville de Montréal exprime son désaccord à voir s’élever une nouvelle ville entre le fleuve et le Vieux-Montréal.
La population de Montréal réalise que le territoire délaissé par les activités portuaires ouvre la voie vers le fleuve au pied d’un quartier historique et à quelques pas du centre-ville. Alors que des visions s’entrechoquent entre recréer le front de fleuve du 19e siècle et construire des milliers de logements sur les quais, une vision et un concept se dégage: Une fenêtre sur le fleuve.
Une consultation publique tenue en 1979 met de l’avant dix recommandations clés. Il est notamment question de la poursuite de la revitalisation du VPM et d’ouvrir le secteur au public, de créer un parc linéaire le long du fleuve sans construction de logement au sud de la rue de la Commune, le gouvernement fédéral a la responsabilité d’investir dans ce secteur historique et ne pas considérer le secteur comme un projet immobilier ou une source de revenu et la participation publique devrait se poursuivre pour toutes les phases futures de planification et de la réalisation du réaménagement.
Les années 1980 ont été marquées par un changement de gestionnaire. À partir de 1981, la gestion du site a été confiée à la Société du Vieux-Port de Montréal (SVPM). Son mandat est de procéder à la revitalisation et au réaménagement du territoire. La SVPM a procédé à l’ouverture du site sur le fleuve qui demeurait une doléance importante des riverains.
La SVPM entame une nouvelle consultation publique entre 1984 et 1985 afin de répondre aux attentes de la population avoisinante et les modalités d’aménagement du VPM. Le conseil d’administration de la SVPM a confié à un comité consultatif le mandat de diriger des consultations publiques sur l’avenir du VPM. L’objectif de cette démarche était de recueillir les points de vue de l’ensemble des personnes résidentes à Montréal sur les questions telles que : la vocation et les modalités d’aménagement du VPM dans le but de dégager des éléments de convergences.
Voici les huit éléments de convergences:
- La complémentarité et la non-concurrence des nouvelles fonctions urbaines du territoire avec les secteurs environnants, notamment le centre-ville.
- L’accessibilité libre et aisée à tout le territoire en tout temps.
- L’excellence et la pertinence de l’aménagement, notamment par un engagement à mettre en valeur le caractère maritime et portuaire du territoire.
- L’approche évolutive de l’aménagement dans le cadre d’un plan directeur.
- La propriété publique du territoire et le contrôle des pouvoirs publics sur l’aménagement.
- La participation de tous les paliers d’administration publique à la prise de décision.
- La seule réalisation d’aménagements répondant à des besoins réels, pour lesquels le site doit être particulièrement approprié.
- La mise en valeur des nombreux vestiges archéologiques que recèle le territoire.
Au début des années 90, la SPVM aménage l’esplanade et réaménage certains bâtiments afin de contribuer aux festivités du 350e anniversaire de Montréal. C’est le début d’une période d’investissement importante qui mènera à l’ouverture du Centres des sciences de Montréal en 2000.
Où en sommes-nous aujourd’hui?
Au tournant des années 2010, l’élaboration du plan directeur d’aménagement du VPM intervient dans un contexte particulier marqué par un changement de gouvernance. En effet, la gestion du VPM est retirée à la Société du Vieux-Port de Montréal (SVPM) pour être confiée à la Société immobilière du Canada (SIC) basée à Toronto.
En 2013, des consultations sur l’avenir du Vieux-Montréal incluant le territoire du VPM ont été menées par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM). Les consultations résultent dans le développement par la Ville de Montréal du Plan de protection et de mise en valeur du Vieux-Montréal, dans lequel on retrouve les principes directeurs de développement suivant pour le VPM.
- Toute personne doit pouvoir y avoir accès et y circuler aisément et librement;
- Tout aménagement doit préserver ou mettre en valeur les vues exceptionnelles sur le site, le plan d’eau et la ville;
- Les importants vestiges historiques, maritimes et portuaires du VPM doivent être mis en valeur.
Le plan de protection et de mise en valeur produit à la suite de cette consultation réaffirme que la vocation principale du VPM est celle d’un lieu public de détente et de récréation. À cet égard, il est clairement précisé que « ceci exclut la vocation résidentielle de même que toute commercialisation intensive et les activités portuaires industrielles ».
Plusieurs enjeux structurent la réflexion entourant ce plan, notamment l’urbanisation du secteur, son accessibilité, la préservation de son caractère symbolique et historique ainsi que les modalités de son développement futur. Le troisième principe directeur souligne d’ailleurs que « tout aménagement du site devra aussi préserver ou mettre en valeur les vues exceptionnelles sur le site, le plan d’eau, la rue de la Commune et la ville ».
En 2017, la SIC annonce des investissements de 50 millions et la mise en chantier de son plan directeur de revitalisation du VPM. Après quelques reports dû à la pandémie, la SIC met son plan au rancart en 2024. Malgré cette mise au rancart, le site du VPM a connu des changements importants depuis 10 ans, tels que la privatisation partielle du site par des promoteurs, la fermeture du cinéma Imax la fin de semaine et la réduction des espaces d’expositions au Centre des sciences.
La fenêtre sur le fleuve se referme-t-elle?
Le site du VPM a accueilli depuis une dizaine d’années divers promoteurs, comme la Grande roue de Montréal, le bateau pirate, la tyrolienne ou le bungee. Toutes ces attractions sont privées et payantes. De plus, le Centre des sciences est également la proie de promoteurs privés. Le Centre Phy offre une expérience immersive à même une partie des anciens locaux du Centre des sciences.
De plus en plus de promoteurs s’accaparent des espaces publics afin d’engendrer des profits privés. De surcroît, certaines de ses installations permanentes privées modifient grandement le paysage et l’accessibilité du parc.
Si le paysage du VPM a considérablement changé en 10 ans, il est possible d’envisager que d’autres changements de même nature surviendront aux cours des prochaines années. Quel en sera le résultat? Un site moins accessible et une fenêtre sur le fleuve qui se refermera? Des inquiétudes se manifestent et des questions se posent.
Documents de références
Une stratégie de réaménagement pour le Vieux-Port de Montréal, 1979
Consultation publique 1984-1985, rapport final, 1986
La consultation publique, un rôle-clé dans le réaménagement du VPM, 1993
Le Vieux-Port de demain, vers 2017 (plan mis au rancart en 2024 par la Société immobilière du Canada)
Perte d’emplois au Vieux-Port de Montréal: le début de la fin de « la fenêtre sur le fleuve »?
Une campagne de l’Alliance de la Fonction publique du Canada, région du Québec (AFPC-Québec) et du Syndicat des employé·e·s du Vieux-Port de Montréal.